Une semaine après m’être qualifié pour les mondiaux 70.3 je m’élance sur le Bearman – un Ironman Extreme dans les Pyrénées. Le départ natation se fait à 6h30, il fait encore nuit. C’est le genre de départ que j’aime bien: tout le monde commence immergé dans l’eau. Il s’agit de faire 3 tours du plan d’eau, en contournant des bouées éclairées. Je nage à mon niveau et sort de l’eau en 53 minutes.

DAV_1526.jpg

Je regarde ma montre et je lis « 3000m » – visiblement la distance réelle était inférieure à la distance indiquée de 3.8 KM. Je me réjouis car n’étant pas un excellent nageur cela signifie que j’ai perdu moins de minutes par rapport au bons nageurs. Je demande « combien sont partis déjà? » et on m’annonce « une dizaine » – bonne nouvelle!
Après une transition rapide je pars pour 180 km de vélo. La particularité de ce triathlon c’est qu’il n’y a pas de ravitaillements – juste des fontaines indiquées tous les 20 km environ. J’aime bien ce principe d’autonomie. Je pars sur ma stratégie de course et remonte sur les 30 premiers KM 8 coureurs – une supportrice au bord de la route m’annonce que je suis 5 ème et 1 er individuel (les 4 devants étant des relayeurs). Je me réjouis et me donne comme objectif de rattraper des relayeurs.

DAV_1766.jpg

Après un virage je vois la brume légère sur un grand massif, je ne peux m’empêcher de sortir un grand « whawww ».

DAV_1688.jpg

Jusqu’au KM 105 je réussis à dépasser 2 autres concurrents et à ce moment là deux concurrent individuels me dépassent – me voilà 3ème au classement général. Je ne panique pas et continue à suivre ma stratégie vélo. Au KM 110 je m’arrête et lance le chrono de « pause » et répète à voix haute « eau – gels – manger – massage ». Je me donne 3 minutes pour effectuer toutes ces actions: récupérer deux gourdes, les remplir avec pastilles isotoniques, récupérer les gels pour la suite de la course, manger les rostis de patate et m’auto-masser les jambes. Après 3’30 » je repars pour une ascension de col. La météo est parfaite et les paysages grandioses. Une fois redescendu je vois que le second s’est arrêté au sac personnel (là où je me suis arrêté avant l’ascension). Je n’ai plus besoin de m’arrêter, je continue et le dépasse donc. Je réussirai à rester devant lui jusqu’au KM 150, il me dépasse ensuite mais je reste calme. Il semble avoir un physique de cycliste ; je pense être meilleur que lui en course à pied. Après une trentaine de KM j’arrive à la seconde transition, je me sens très en forme et je me réjouis lorsque je vois que le second est en train de se changer. Je fais une transition très rapide et je réussis à partir avant qu’il ai terminé de se préparer.

DAV_3003.jpg

Je demande à un homme assis à un café « il est passé il y a longtemps celui de devant? » et il me répond « oooh oui, une dizaine de minutes ». Je me dis « 10 minutes ce n’est pas énorme, je suis très bon en descente, je vais le rattraper – je dois le rattraper! ». J’accélère comme je peux (même si ça ne fait que monter) et au KM 4 je demande à un bénévole « il est passé il y a combien de temps le suivant? ». Il me répond (environ 5 minutes). Étonné, je me dis que c’est fou que j’ai autant rattrapé de retard, je continue et au KM 6 je vois au sol deux croix bleues et une flèche vers la droite sur un sentier. Je regarde si je ne vois pas une autre flèche blanche comme il y avait jusqu’à là et je ne vois rien. Je décide donc de suivre la flèche bleu et je me dis « la route se transforme en sentier, ils ont dû changer la couleur de la flèche ici pour que cela soit plus visible dans la forêt ». Cela commence avec une sorte de mur d’escalade, je me dis « bon sang c’est quoi ça?! » et je me calme (à nouveau!) et escalade le début du sentier en me disant, ça s’appelle Bearman (l’Homme Ours) certainement pour cette raison.

Après 4 KM à suivre un chemin qui était très bien balisé je réalise que me suis trompé de chemin, je suis à court d’eau et je trouve une chapelle avec une réserve d’eau. Je me réhydrate et j’appelle le numéro d’urgence pour leur indiquer que j’ai suivi la mauvaise flèche. Ils me demandent si je souhaite qu’ils envoient les secours à ma recherche et je leur dis « Non ça va, physiquement je n’ai rien – mais je suis dégoûté, j’étais second, plein de coureurs ont dû me dépasser maintenant. »

Je retourne sur mes pas et je retrouve le sentier de la course. J’aurai effectué un détour de 8 KM et 400D+! Après beaucoup de moments d’hésitations je décide de continuer la course – ce n’est pas grave pour le classement, je reviendrai un jour prendre ma revanche!

Je finis tout de même 32 ème malgré un marathon de 50 KM au lieu de 42 !

bearmanxtrem-288.jpg

Crédits Photos: Marie-Lise Modat et Thomas Frowein