La tête haute (« Capul sus »). C’est ce que je me suis répété pendant les 14h21:58 de course samedi 09/07/2016. Merci à Catalin pour ce précieux conseil donné il y a 2 semaines à Oradea.

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5h28 – Il fait encore nuit, je regarde au loin le pourtour des montagnes. Il fait meilleur dans l’eau qu’à l’extérieur et mon corps frétille à l’idée de partir pour la seconde fois à l’aventure dans les Pyrénées. Je repère la première bouée, à 800m au loin, éclairée par une lumière, je n’ai pas la moindre idée d’où se trouve la seconde bouée, je découvrirai bien une fois la première contournée!

5h35 – On se jette à l’eau, je décide de faire ma natation à 80% de mes capacités afin de conserver de l’énergie pour le reste de la course. Après 300m, au milieu du lac, je suis étonné de toucher le fond avec mes mains: je me lève et je cours 50m en me disant « bon sang, si les spectateurs voient ça du bord ils vont penser que l’on marche sur l’eau! ».
Au fur et à mesure le ciel devient de plus en plus clair et j’arrive à voir de mieux en mieux. J’essaye de penser technique: chercher loin, coude, poussée, tête bien profilée, horizontalité. Puis je trouve un nageur qui nage à une bonne allure et je me positionne derrière lui sur une portion. Sorti après 1h08 de nage, je suis satisfait de mon temps et mes parents annoncent que je suis dans les 30 premiers!

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6h50 – Je saute sur le vélo, j’ai préparé ma stratégie de course de vélo sur un papier que j’ai scotché sur les prolongateurs. Après 300 mètres, le papier se décolle et s’envole sous mon regard ébahi. Si à Nice j’avais fais l’erreur d’écrire ma stratégie en taille réduite impossible à lire pendant la course, cette fois-ci je n’avais pas fais attention à bien l’accrocher. Ce n’est pas grave, je me créé une nouvelle stratégie en essayant de me baser sur mon expérience et mes souvenirs de l’an passé.
Il fait encore froid, je pédale vite pour me réchauffer et me rassure en me disant qu’il n’y a aucun nuage et que la température va augmenter progressivement. Je dépasse beaucoup d’athlètes et après 1h38 de vélo, en haut de la seconde difficulté, on m’annonce que je suis 8ème!

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Je fonce et j’arrive après la descente à me positionner 6ème. J’alternerai pendant une bonne partie de la course entre la 6ème et la 7ème place: il me dépasse dans les cols, je le rattrape dans les descentes et sur le plat!

9h12 – Je commence l’ascension de la 3ème difficulté (sur 7!) du jour. Le cadre est superbe: chevaux, névés, fleurs, montagnes.

Ma stratégie semble bonne mais je me dis que 86 kg c’est peut être un peu lourd pour un cycliste.

12h10 – Je m’arrête au ravitaillement personnel de Gesse, 3 minutes de pause pour manger un bon bout de poulet, des noix de cajou et du saucisson! Je me sens super bien et prêt à attaquer les 2 dernières difficultés. Je perds quelques places mais je me rassure en me disant « ils ne savent pas ce qui les attend en course à pied! ». Je termine le vélo en 13ème position.

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15h22 – Je commence à courir. Règles du jour: marcher uniquement en montées, prendre de la vitesse et serrer les dents en descentes et courir comme si j’étais Jesse Owens sur le barrage.
Mes parents sont là, cela me pousse à ne pas marcher et à garder la tête haute.

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Au bas de la principale difficulté de la course je lève mon regard et je vois 2 athlètes qui sont sur la même course. Je monte en alternant marche rapide et course lente et j’arrive à les rattraper et à les dépasser. C’est très bon pour le moral. L’an passé j’étais dans le rouge à ce moment de la course mais là je me sens bien. J’arrive au second lac et mon beau-père m’annonce que celui de devant moi ne se sent pas super bien – moi non plus mais je me rassure en me disant que le plus difficile est fait.
Depuis le second lac jusqu’au sommet je courre, je cherche et trouve un soutien psychologique avec Eugene, athlète effectuant la distance « Half ». Je lui demande de s’accrocher à moi et je lui précise que c’est une expression – il rigole et se remet à courir.

Arrivé au sommet, je prends 2 bouts de saucisson et je regarde la vue et ce qu’il me reste à faire.

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Je me dis « Ouch, je ne pensais pas que le barrage était aussi loin ». Ma mère me balance de l’eau à la figure, mon beau-père m’annonce 4 minutes 30 secondes de retard sur celui de devant moi. Je regarde les bénévoles et je leur dis « Je vais le rattraper, la descente c’est mon point fort ».

Je descend à fond, mon corps est habitué à ces longues descentes sur routes. J’ai bien descendu en slip le Mont Ventoux le double de ce que je suis en train de faire!

19h05 – J’aperçois celui que je cherchais à rattraper! Je vois qu’il me voit. Il nous reste 5 km et je me dis « Je vais l’user psychologiquement en restant pendant 2 km derrière lui à une centaine de mètres ». Ma technique semble fonctionner: il se retourne tous les 200m pour vérifier où je suis!

Je le dépasse et puis maintenant c’est moi qui me retourne tous les 200m pour voir si il est loin. Un autre coureur me dit « Ne te retournes pas » et j’applique immédiatement. Me retourner c’est ne pas avoir confiance en moi. Je ne me retourne plus et je garde la tête haute tout en me répétant « 86 kg ouais – mais léger et rapide! »

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19h50 – Je termine et réalise à quel point c’était une aventure exceptionnelle! 63ème l’an passé, 9ème cette année – sans sponsors – avec mon vélo Wilier Triestina en aluminium – avec la force de mes jambes et ma détermination. Merci à mes parents et merci aux amis qui m’encouragent. Grand bravo et tout mon respect à ceux qui se mettent au sport tout simplement pour se sentir vivants.

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La suite, ça promet !